Jeudi 26 janvier 2006
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C'est l'affaire politique du moment (enfin des derniers mois, mais qui chaque semaine revient sur le devant de la scène dans de nouveaux habits), la Mémoire et plus particulièrement la Mémoire "collective". La petite phrase sur la Colonisation, Austerlitz et Trafalgar, l'esclavage et ,ces derniers jours, les crimes du communisme. Autant de sujets polémiques, difficiles à manipuler, mais que finalement chacun s'approprie en fonction de son vécu, de ses origines, de son milieu; autrement dit la lecture en est difficilement objective. Et pourtant ce serait une nécessité politique que cela le soit.
Premier acte, la célébration en 2005 de deux anniversaires "napoléoniens", Trafalgar et Austerlitz. La déroute navale a été commémorée à l'initiative des Anglais (grands vainqueurs à l'époque), dans une volonté de rassemblement autour de la tragédie humaine que cela fut. Intention louable, certes, à laquelle le gouvernement français a immédiatement souscrit en envoyant force vaisseaux de la Royale dont l'emblématique porte-avions Charles De Gaulle (ça pour le coup, c'est un joli pied de nez à nos amis Anglais...). Jusque là, aucun malaise si ce n'est l'orgueil national chatouillé chez chacun de nous et le souvenir de Mers el Kebir chez certains en particulier (bien compréhensible tout de même). Aucune invective du type "célébration de la France qui perd", "loose attitude" etc, etc. Et voilà que se profile le 2 décembre, le soleil d'Austerlitz qui va s'avérer être bien ombrageux.... La moindre des choses lorsqu'on se fait le champion du patriotisme économique, de la réconciliation nationale, de représenter tous les Français, c'est de montrer que l'on ne fera pas deux poids deux mesures : et là, patatra, le pire est arrivé : la quasi absence de commémoration officielle de la bataille par les autorités françaises, la seule manifestation d'ampleur étant à l'initiative d'une association napoléonienne. Pourtant il aurait été simple de reprendre l'argumentation anglaise autour d'un nécessaire "plus jamais ça" ou quelconque message de paix universelle. Mais non, il a été plus simple de se laisser embarquer dans une vision hautement ridicule de l'ère napoléonienne, assimilant l'Empereur à Hitler et assénant que ce dernier s'est largement inspiré du premier pour ce qui concerne l' Holocauste !!! Il n'en fallait pas plus, on oublie Napoléon et Austerlitz, on laisse la commémoration officielle sur place entre les mains de certains des vaincus qui du coup font preuve d'une certaine grandeur (d'autant plus grande que notre mesquinerie sur ce coup est bien petite). Tout est en place aussi pour que le souvenir de Trafalgar remonte à la surface et face dire à certains que seule la défaite a de l'importance pour nos gouvernants et une polémique succède à une autre (même si le Napoléon "nazi" connaît une postérité plus médiatique).
Deuxième acte, la petite phrase sur la Colonisation. Effectivement, tout cela est bien maladroit, le fond comme la forme. Il ne revient pas aux politiques d' écrire l'Histoire. Seulement tout cela n'est pas sans laisser un goût amer dans la bouche. Tout d'abord, ces députés socialistes qui font ressurgir la chose et qui militent activement pour sa suppression, alors qu'à l'époque ils ont laissé faire : ils parlent de négligence, elle est coupable (on espère seulement pour leurs électeurs qu'ils ne sont pas coutumiers du fait). Et puis, tout ceci n'est pas sans arrière pensée "politique" (électoraliste plutôt) : trouver un point d'atttaque face à un gouvernement qui est dans l'action et laisse l'opposition sans réponse (la passe d'armes Hollande / Villepin d'hier est éloquente), mobiliser l'électorat des DOM-TOM en vue de 2007. De la part de la droite, ce n'est pas plus malin : vouloir inscrire une telle phrase dans la littérature législative est au mieux une erreur (ou une "négligence"), au pire une provocation, le baton pour se faire battre. Politiquement c'est nul. Peut-être que là aussi les visées électoralistes ont pris le dessus... D'ailleurs tout le monde se retrouve sur cet aspect électoraliste avec la suppression annoncée par Chirac : la gauche pour avoir révélé la présence du loup (qu'elle a laissé entrer dans la bergerie), la droite pour avoir gommer les mots qui fâchent. Mais le malaise reste palpable : finalement le débat s'est vite écarté du chemin balisé de l'Histoire pour dévier sur celui, très accidenté, de la récupération politique : ne fâcher personne, ne pas déplaire, ne pas empêcher la signature du traité d'amitié avec l'Algérie (son président qui atraité la France comme un vulgaire criminel, n'a pas trouvé à redire pour venir se faire soigner au Val de Grâce...). Et finalement ce sont tous ceux qui ont contribué à écrire les belles pages de l'aventure coloniale qui se trouvent éjecter de notre mémoire, car nous ne sommes pas capable de faire la part des choses, pour des raisons de basse politique. Une nation est politiquement adulte lorsqu'elle peu se regarder en face, la France en est bien loin, tout débat historique étant aujourd'hui confisqué par la politique : il y a l'Histoire dont on peut parler, celle qu'il faut laisser dans l'ombre. La France d'aujourd'hui, elle, est pourtant le fruit des deux.
Dernier acte à ce jour : la volonté d'examen et de jugement des crimes du communisme, alors que cela fait 15 ans que le Mur est tombé et que les archives de l'Est sont à notre disposition, évitant par là tout jugement à l'emporte pièce. La démarche du suédois Goran Lindbad part plutôt d'une bonne intention : 100 millions de morts après tout, ce n'est pas une mince affaire, surtout lorsqu'ils sont le fait de gouvernements officiels (URSS, Cambodge, Chine, entre autres). C'est l'occasion ou jamais de fermer la parenthèse totalitaire du XXème siècle. Et bien non, le PCF et certains de ses "camarades" européens en ont décidé autrement, en usant d'une réthorique que leurs glorieux aînés des années noires n'auraient pas désavouée. Madame Buffet par le de l'instauration d'un délit d'opinion : n'est-ce pas un communiste, monsieur Gayssot, qui le premier a instauré un délit de la sorte avec sa loi ? Il s'agirait de banaliser le génocide Juif de la période nazi : combien de Juifs ont-ils péris dans les camps soviétiques ? Il est temps que l'on dise une vérité : nazisme et communisme sont les deux plus odieuses expressions du totalitarisme. L'une n'est pas meilleure que l'autre, les deux sont absolument abominables. On ne peut pas condamner le nazisme sans condamner le communisme, et réciproquement. Tout autre attitude serait de la mauvaise foi manifeste. Les communistes n'ont pas eu le monopole de la lutte contre le nazisme et cette lutte n'excuse en rien les crimes commis par les régimes communistes. Le nazisme et le communisme se sont nourris l'un de l'autre, leur existence a été pour chacun une justification de sa propre existence. Là encore, le débat historique est monopolisé par le politique et là encore toutes les vérités ne sont pas à dire !! Si l'examen des crimes communistes n'a pas lieu ce sera l'un des plus gros scandales de l'Histoire de l'humanité, une deuxième mort pour ceux qui ont tenté de franchir le Mur, pour ceux qui ont été victimes de la furie de Pol-Pot ou de Mao.
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